Moi et les girafes
Par leurs sérénissimes Bé-chan et Sonietchka,
En référence à rien du tout, et à l’intention de personne en particulier
Commencé mardi 23 novembre 2010
Chapitre 1
Il était une fois, dans les contrées bien reculées de ce monde, qui n'ont d'ailleurs pas encore été découvertes, que même le petit doigt de pied du bout de la main des gens du Cercle n'a pas encore frôlé [etc...] .... un homme. Qu'avait-il donc de particulier, c't'homme-là ? Pour tout vous avouer, les auteures l'ignorent encore. Mais toujours est-il qu'il existait.
Bon vous me direz, un homme habitant une contrée qui n'a pas encore été découverte, c'est un petit contre-sens, mais qui a dit que les auteures étaient logiques ? De plus, ce n'est pas parce que la contrée n'a pas de nom (car elle n'avait pas été découverte ... l'avions-nous déjà dit ?), qu'elle n'existait pas avant qu'on la nomme. C'est vrai, quoi. Les girafes existaient-elles avant que l'on associe ensemble ces trois syllabes pour désigner cet animal à poil ras ? Hein ? Je vous le demande.
Comment ça, je procrastine ?
Bref, toujours est-il qu'il existait. Mais qu'avait-il de particulier cet homme ? Commençons donc par le décrire. Mais peut-on décrire un homme que personne n'a vu ? Bien sûr ! Commençons par son physique. Il était petit. Tout petit. En tout cas en comparaison avec les girafes qui peuplaient cette contrée. Mais il avait des mains agiles (toujours en comparaison avec les girafes, notons-le bien). Par contre, à l'inverse des girafes, il n'était ni jaune à poids bruns, ni quadrupède, ni herbivore. Pour tout vous avouer, il savait chasser les girafes à mains nues (quel homme !) ! Mais la plupart du temps, il se contentait de dormir à l'ombre, et de se balader sans autre accessoires que sa pilosité naturelle (qui s'avérait bien fournie). Cet homme avait-il un nom ? À vrai dire, puisqu'il était seul, il s'appelait tout simplement Moi. Moi était un homme tout simple et heureux.
Mais une nuit ... ... ... ... ... ... ... ... (Ah, vous sentez le suspens monter, hein ?) ... ... tout son monde fut bouleversé, chamboulé, renversé ! Dans son rêve, il vit ses girafes s'enfuir au galop, revenir en sens inverse, la tête à l'envers et marchant les sabots collés aux nuages. Et les nuages s'en furent, portés par une forte brise (que l'on pourrait presque appeler “ tornade ˮ, tant les vents soufflaient), emportant les girafes avec eux. Et quand Moi se réveilla le lendemain, ses yeux parcoururent la savane, sans apercevoir la moindre girafe. Ni aucun autre animal d'ailleurs, mais les girafes se voient de plus loin.
Bouleversé, il se demanda ce qu'il allait manger. Eh oui, à l'époque, il n'y avait pas de réfrigérateur ou de congélateur dans lequel il pouvait conserver des morceaux de girafe et les réchauffer pour le petit déjeuner... Moi dût alors partir en chasse. Il prit sur lui toutes ses possessions (c'est-à-dire ... ses mains habiles et sa pilosité bien fournie ... qu'il avait de toute façon en permanence avec lui) et partit en chasse.
Il marcha longtemps, très longtemps, sans jamais rencontrer la moindre créature vivante (ni morte d'ailleurs), ni dans le ciel, ni sur le sol. Quand il s'abreuva à un petit lac, il ne pût percevoir aucun animal dedans. Peut-être était-ce dû à l'épaisseur de vase. Mais aucun mouvement nulle part. Il continua à avancer.
Comme il errait, il arriva à un lac. Tout bleu. Tellement grand qu'il ne voyait pas l'autre rive. Comment était-ce possible d'avoir un lac aussi grand ? La rivière qui l'alimentait devait être bien grande ! En parlant d'alimentation, il se rendit compte qu'il avait vraiment faim ! Mais comme il n'y avait que de l'eau, il décida de boire de nouveau. POUAH !! Elle était infecte ! D'où venait ce sel ? Il aperçut alors dans le lointain une forme oblongue qui flottait sur le lac. Une girafe ! Non, trois ! Avec la tête coincée dans des arbres géométriques. Bizarre, n'est-ce pas ?
Son ventre étant le moteur de ses jambes, et non sa tête, il se jeta dans le lac, et nagea jusqu'aux girafes. Mais qu'avaient-elles ? Plus il s'approchait, plus elles semblaient s'éloigner. Autre possibilité, ces girafes étaient vraiment, mais alors vraiment grandes ! Que de bonheur ! Bientôt il aurait assez à manger pour au moins une heure ! Même deux !
Il nagea jusqu'à épuisement. Enfin, nager est un bien grand mot. Disons plutôt qu'il dépensait tellement d'énergie à barboter, peu habitué à nager (d'une part), et à ménager ses forces (d'autre part), à tenir à la surface (malgré la présence du sel), qu'il n'en dépensait pas assez pour avancer loin et longtemps.
Mais à force d'efforts, il se rapprocha des trois girafes qui semblaient partager un seul corps. Juste avant de perdre connaissance à cause de l'épuisement, il remarqua un corps de girafe sans cou ni tête s'approcher de lui, avec trois singes sur son dos. Bien sûr, il n'avait jamais vu plus que son reflet dans une mare vaseuse, donc il ne savait pas que les trois singes étaient en fait des hommes, comme lui.
Il se réveilla bien plus tard au son du clapotis de l'eau, dans un lieu où aucune raie de lumière ne lui parvenait. Seul, dans le noir complet ! Lui qui avait toujours vécu à la lumière du soleil, de la lune, des étoiles !
Soudain, des pas résonnèrent. Comme un pic-vert au ralenti. Une lumière éblouissante, rectangulaire l'aveugla. Un homme se tenait dans l'entrebâillement de la porte (ou, dans notre cas, le bâillement de la porte, puisqu'elle était bel et bien ouverte en grand) avec un plateau de nourriture. Bien sûr, Moi ne savait pas qu'il avait affaire à un homme, un plateau et une porte, ni à la lueur d'une faible lanterne, puisqu'il n'avait aucun point de comparaison, mais nous prenons pitié de nos pauvres lecteurs et employons des mots que vous connaissez tous... ou pas, ça dépend si vous avez des girafes de compagnie ou pas.
Moi le regarda de travers. Il faut dire aussi qu'il ne comprenait pas ce que l'autre lui disait, vu qu'il n'avait pas eu vraiment l'occasion de pratiquer un quelconque langage avec ses girafes.
- Tu veux manger ? Demanda l'inconnu en indiquant le plateau.
Moi ne comprenait toujours pas les mots que Linkonnu (puisque l'inconnu s'appelait en effet Linkonnu) mais son estomac comprit le signal envoyé par son nez aiguisé et ses papilles gustatives qui le faisaient déjà saliver (oui, je sais, ce sont les glandes salivaires qui sécrètent la salive, mais bon, vous me permettrez cette liberté artistique, et sinon, vous sauterez cette phrase et cette parenthèse qui ne servent à rien d'autre qu'apporter des informations inutiles sur cette histoire). Moi se jeta sur le plateau et l'engloutit en quelques bouchées sous les yeux ébahis de Linkonnu qui n'avait encore jamais vu un homme manger un plateau.
- Bah mon gars ! C'est ce que j'appelle un appétit d'hippopotame à la diète ! Tu t'appelles comment ?
Moi pencha la tête sur le côté, assis en tailleur sur le sol, en mode « chien-perdu-qui-a-un-creux-d'enfer-et-qui-vient-de-découvrir-son-meilleur-ami ».Visiblement, il n'avait pas compris la question.
- Linkonnu, fit le type en désignant sa poitrine.
- Moi, répondit Moi sur le même ton avec le même geste.
(Annonce : le dialoguiste ne va pas tarder à se faire virer s'il continue comme ça).
- Certes... Bon, on fait des progrès. Ne bouge pas, je vais chercher Charlie, il devrait pouvoir nous aider. Charlie ! Charlie ! Bon sang, où est-ce qu'il est passé encore ?
Linkonnu sorti de la salle, emportant la lanterne avec lui. Moi le suivi, puisqu'il était en mode “ bon-chien-chien-qui-suit-son-bon-mai-maitre-en-espérant-recevoir-un-bon-no-nos. ˮ Les quelques marches ayant été gravies, Linkonnu et Moi se retrouvèrent sur le pont du bateau que Moi avait poursuivi lors de sa nage effrénée (freinée par son manque de coordination).
- Girafe1 ! Criai-je ... enfin, cria Moi, en pointant vers les trois mâts du navire.
- Girafe ? Demanda Linkonnu inclinant à son tour la tête sur le côté et interrogeant Moi de son regard agard (enfin, aussi épais que de la gelée, quoi). De quoi tu parles ? Des mâts ?
- Ma ? Répliqua Moi.
Linkonnu eut un soupir et chercha Charlie de plus belle.
Malheureusement, l'homme au pull rayé blanc et rouge et au bonnet assorti n'était pas très visible sur le pont désert du navire au milieu de la nuit.
Le bras toujours tendu vers les mâts, Moi vit le ciel et les étoiles. Remarquant que normalement en voyant ces veilleuses de nuit, il dormait profondément, Moi s'écria :
- Dodo ! Et s'enroula sur lui-même, sur le pont et s'endormit instantanément. (Oui, Moi dort beaucoup...)
Linkonnu eût un nouveau soupir, se disant qu'ils avaient recueilli un simplet de base. Mais peut-être pourraient-ils en faire quelque chose. Enfin, après lui avoir généreusement offert des vêtements. Car enfin, il y avait des femmes à bord. Certes, elles dormaient en ce moment, et ce n'était pas n'importe quelles femmes, mais tout de même ! Il en toucherait un mot avec le capitaine.
*** Illustration : Linkonnu touche un mot avec le capitaine ***
Linkonnu essaya de porter Moi pour le ramener sur le lit où il l'avait placé précédemment, mais cette fois-ci ils n'étaient pas trois, et la tâche s'avéra bien trop lourde (c'est le cas de le dire) pour lui, et Moi n'avait pas l'air mécontent de dormir à même le plancher. Il le laissa dormir là en se disant qu'il le réveillerait à l'aube quand lui-même se réveillerait. Celle-ci n'étant qu'à une heure de temps d'ici, la nuit serait courte. Ah oui, ne pas oublier les vêtements ! Hof, il verrait ça demain.
1Vous vous demandez peut-être comment il se fait qu'un homme sauvage, qui n'a jamais rencontré ses semblables connaît des mots de vocabulaire comme « moi », « dodo » et « girafe » ? Nous aussi.
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